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Fondation Histoire Franco--Algérienne



Pour le dépassement des mémoires.

Pur une fondation d'histoire Franco--Algérienne



Aujourd'hui, le gouvernement annonce la création d'une Fondation pour la mémoire de la guerre d'Algérie, en application de l'article 3 de la loi du 23 février 2005.
S'il s'agit d'un lieu où seraient centralisées des informations sur les centres de recherche, sur les bibliothèques, sur les centres d'archives possédant des ressources sur ce moment d'histoire, d'un lieu où seraient enregistrés les souvenirs des témoins, où ils déposeraient leurs documents... mais aussi d'un lieu disposant de crédits, destinés à financer des travaux d'histoire franco-algérienne, nous ne pouvons que nous en réjouir.
Mais une Fondation pour la mémoire est-elle une Fondation pour l'histoire ? Les historiens ne sont pas là pour entretenir une quelconque nostalgie, ni produire des travaux se pliant aux souvenirs des témoins. Nous nous interrogeons aussi sur le rôle qu'y joueront les associations qui ont promu la loi du 23 février 2005. N'oublions pas que cette loi a rendu hommage à une seule catégorie de victimes : celles qui se sont battues pour l'Algérie française. Il est temps, pourtant, de cesser de rejouer la guerre et que la recherche emprunte une voie transnationale, en mêlant chercheurs des deux rives de la Méditerranée. Nous voulons continuer à écrire l'histoire et affirmer notre foi dans la lutte contre les simplismes où qu'ils se situent.
Or, la mise en concurrence des victimes de la guerre, de leurs souffrances, de leurs mémoires est contraire à la sérénité dont les enseignants et chercheurs spécialistes de l'Algérie ont besoin ; une sérénité qu'une déclaration de reconnaissance de responsabilités de la puissance publique française dans les traumatismes qu'a entraînés la colonisation en Algérie permettrait de favoriser.
Elle concernerait au premier chef les centaines de milliers d'Algériens massacrés, dépossédés de leurs terres, clochardisés  et discriminés. Mais elle devrait aussi englober les Français et autres Européens d'Algérie dont la souffrance est évidemment digne de reconnaissance. Bien entendu, il ne saurait être question du terme religieux de « repentance », et des « excuses officielles », nous paraîtraient dérisoires. La reconnaissance officielle de responsabilité politique devrait à notre sens être unilatérale : ce sont les Français qui ont envahi l'Algérie, pas l'inverse. Pour autant, il serait sain que, du côté algérien, on s'attelle aussi à un réexamen de l'histoire officielle.
Soucieux de dépasser, sans les ignorer, les traumatismes coloniaux et les victimisations mémorielles, nous, historiens, citoyens, militants, enseignants et chercheurs, demandons qu'au sommet de l'État en France soit prononcée et publiée une reconnaissance de la responsabilité de la puissance publique dans l'élaboration et la conduite de politiques coloniales discriminatoires et souvent violentes ; que la souffrance de toutes les victimes du système colonial et de la guerre en Algérie soit ainsi reconnue.
Et pour que les chercheurs algériens et français concluent un pacte de vérité à partir duquel ils promeuvent des recherches concertées, et dans un premier temps, s'engagent à rédiger un manuel d'histoire franco algérien à l'usage des écoliers des deux pays, nous demandons la création d'une Fondation franco-algérienne pour l'histoire, en toute indépendance par rapport aux pouvoirs constitués et aux groupes mémoriels impliqués.


(29-09-07) ^